Il n'est aucun empire humain, Au dessus de moi je ne vois que des oiseaux de mer.

18 octobre 2005

Wittgenstein

Dans la préface de "De la Certitude", de WITTGENSTEIN, je note quelques passages.


"Une partie du texte des carnets a été rédigée dans une sorte de langage chiffré dont Wittgenstein n'a jamais cessé de se servir. Une partie seulement de ces notes en code a pu être déchiffrée. Elles semblent s'appliquer surtout à des sujets d'ordre personnel, et l'on ne saurait assurer que leur publication soit susceptible d'intéresser un assez large public."
(p.16-17)

"A partir de 1933, un changement radical d'orientation va se manifester (...) Wittegenstein abandonne la théorie du langage-peinture, la théorie selon laquelle toutes les propositions signifiantes sont "fonctions de vérité" de propositions élémentaires, et celle de l'existence de réalités informulables."
(p.22)

"Il produisait, sur ceux qui avaient l'occasion de l'approcher, une très forte impression. Certains s'écartant de lui, mais beaucoup se trouvaient attirés, voire fascinés. Wittgenstein évitait les simples rencontres mais il avait beson apparemment d'un entourage amical. C'était un ami incomparable, et fort exigeant."
(p.26)

"Comme il le disait parfois lui-même, Wittgenstein avait l'impression d'être condamné. Il était constamment tendu et anxieux. Pour lui, l'époque moderne était un âge sombre."
(p.27-28)


Using only a simple abacus, little Ludwig "Wiggy" Wittgenstein proves that logic tells us nothing and that human existence is meaningless.
His teacher gave him a C minus


17 octobre 2005

Ce qu'est le fil de vie

La vie n'est qu'un long fil reliant les abérations.

Il est donc logique que pour sortir de toute répétition [but de la vie] il faille tisser:
-capturer le jour
-refaire une toile nouvelle la nuit.

Il y en a qui tissent, d'autres qui transperçent les toiles, fierement, et pour cela, beaucoup périssent.

D'où la conclusion: les Grégaires sont coupables de leur perte, et les Solitaires [tisseurs] innocents de leur fatigue [à tisser pour les Grégaires].


La simple irresistibilité: se renouveller la nuit et piéger le jour [dans les rets des toiles].

Pascal Quignard, Nietzsche le saumon



"Nietzsche fut un homme saumon antidatant, régressant, retournant éternellement comme les étoiles désirent.
Le saumon du Pacifique parcourt jusqu'à 3200 kilomètres pour frayer et mourir. Regressus de 3200 kilomètres.
Un contre-don, une nostalgie qui est préhumaine fait tourner le temps.
Parce qu'un don, un présent qui est le passé; telle est la ronde.
Ronde extrême est la transe magique. La musique ôte le temps au langage, détache ce qui vient à la linéarié dont il procède et à la mort qui interrompt. La ronde invente le passé devant. La musique est ce qui fait tourner le passé au point de revenir.
Toupie, roue, inux, rhombe, bobine, fuseau, rouet, toutes rotations émettent un son, qui vrombissent sur l'axe, giration de la terre. Vertige des transes !"


Abîmes, p.148

8 octobre 2005

Trop de livre ?

Quelque part dans son Dictionnaire égoïste de la littérature française, Charles Dantzig rapporte ce mot de Léautaud : « On ne trouve plus de femmes de ménage. Elles écrivent toutes. » Elles ne sont pas les seules. Il est aujourd’hui beaucoup plus habituel de manier la plume que le plumeau.
Quelque quatre cent cinquante romans français, dont nous présentons ici une première sélection, paraissent en cette rentrée. Les chiffres records des trois dernières années sont égalés. Faut-il pour autant reprendre l’antienne selon laquelle on publie trop de livres ? Déjà au xviiie siècle l’abbé Dinouart déplorait les ravages de la graphomanie galopante dans L’Art de se taire. « Si tout le monde écrit et devient auteur, que fera-t-on de tout cet esprit et de tous ces livres dont nous sommes surabondamment excédés, inondés, submergés ?, se lamentait le bon abbé. Les auteurs naissent chez nous comme les champignons, et malheureusement, le plus grand nombre en a toutes les qualités. » Voltaire ne disait rien d’autre dans sa correspondance. Accablé par la prolifération des livres, il menaçait tout simplement d’arrêter d’écrire.
À quoi bon ? C’est la question que se pose à son tour Jean d’Ormesson, lui aussi découragé par la déferlante de la production romanesque. Constatant incidemment qu’en ses débuts il n’avait rien à dire, cet écrivain pourtant si doué pour le bonheur constate que désormais tout a été dit et s’avoue peu enthousiaste à l’idée d’en rajouter. « Il y a trop de romans, il en pleut de partout, le métier est gâché, la mauvaise monnaie chasse la bonne, on sent le bout du rouleau, écrit-il en ouverture de son nouveau livre, Une fête en larmes (éd. Laffont). Le seul projet qui pourrait encore me tenter, ce serait d’écrire des Mémoires. » Et de trousser le roman rêvé d’une vie, quelque chose d’aussi charmeur et volatil qu’une conversation mondaine, dans laquelle il revient sur des thèmes familiers – le château de son grand-père à Plessis-lez-Vaudreuil, sa fascination pour Chateaubriand, les paradoxes du temps qui passe. Parfois on le sent tenaillé par ce constat de Baudelaire, qu’il aime à citer : « Je me suis arrêté devant l’épouvantable inutilité d’écrire quoi que ce soit à qui que ce soit. »
Mais rassurons Jean d’Ormesson. Il a eu raison de persévérer. On ne publie pas trop de livres. Ce sont les lecteurs qui ne sont pas assez nombreux et motivés pour s’y intéresser. Comment imaginer une société si exsangue et atone qu’elle ne produirait chaque année qu’une brassée de romans ? L’abondance éditoriale est un signe rassurant : si l’on entreprend d’écrire, c’est d’abord parce que l’on aime lire. Laissons le dernier mot à Charles Dantzig puisqu’il nous a soufflé le premier, et que son Dictionnaire égoïste (éd. Grasset) est l’un des grands bonheurs de cette rentrée : « Les critiques disent qu’on publie trop. Ils ont raison. On publie trop leurs livres. »

Jean-Louis Hue

4 octobre 2005