Il n'est aucun empire humain, Au dessus de moi je ne vois que des oiseaux de mer.

7 janvier 2006

Abandon, raison, et condamnation

Quand un mécanisme complexe est mis en route, rien ne peut plus l'arrêter, car on ne sait comment faire. Voilà l'impression que j'ai de ce manteau d'angoisse par-dessus moi-même. Ce n'est pas la fuite qui pourrait m'être de secours. Pendant les orages, c'est sous les arbres que l'on est le plus vulnérable. Et les grottes sont peuplées de bêtes malveillantes. Que faire alors ? Se dissoudre et se fondre dans l'espace-temps et attendre, attendre encore, des jours meilleurs ? Je crois que rien ne puisse m'être judiciable, et tout continue à tourner autour de moi. C'est la nature de l'obsession - ce n'est pas nous qui tournons autour du piquet maudit, c'est lui, pourvu d'ailes de vampire, qui voltige autour de nous. A chaque instant, le monde est susceptible de s'effondrer. Est-ce attendre une condamnation absurde ? Mon esprit tangue entre idée de sort et d'abandon. Je suis livré au sort de l'abandon et à l'abandon du sort. C'était un démon qui se trouvait au dessus de mon berceau, ce sont des écailles qui me grattent déjà. Il est probable que chacun soit abandonné. Ceci dit, personne ne le sait. L'intelligence est une farce, un sursaut des enfers. La lucidité est une chose malheureuse. Serais-je en avance ? Mais les choses deviennent graves et s'apesantissent. Rions ! Dansons !

6 janvier 2006

Est imprévisible celui qui sait où se situe l'autre avant que l'autre ne le sache.
Est imprévisible celui qui parvient d'une phrase à faire imploser une idée reptilienne.
Est imprévisible celui qui se situe hors contexte quand la raison s'y cadenasse.
Est imprévisble celui qui créé des parallèles inattendus.
Je n'ai aucune considération envers le système éducatif actuel, lequel enseigne que la base de la connaissance et du raisonnement se situe dans la capacité à former un engrenage logique de concepts - cela ne prouve qu'une capacité de discernement et de mimétisme, car chacun s'adapte à des raisonnements types pour parvenir à des conclusions types. Mais cela, c'est de l'abrutissement.
Cette démarche pèse de toute son absurdité !
Et je préfère l'imprévisibilité.
J'admire la capacité à produire quelque chose de neuf, souvent par le biais d'un raisonnement par analogies.
La spontanéité dépasse la pesanteur d'esprit de rouages complexes. La difficulté que l'on distingue chez les penseurs de dire, de créer, ou de conclure, révèle la rouille de leur esprit. C'est pourquoi un courant d'air suffit les dépouille de leurs vêtements pourpres. Les sentiers battus sont pour les faibles, il n'y a plus de diversité parmi les herbes qui les bordent. Et les champs de la connaissance deviennent stériles: ici se reposent et paissent les ruminants de la pensée.
L'imprévisibilité, est, en soi, une simplicité. Le vice n'a pas le temps de s'y enfouir, il n'y a pas assez de sable pour que le crustacé s'y enterre.

3 janvier 2006

Finalement, je n'ai pas changé. Je veux dire, qu'entre 10 et 13 ans, tout a été démantelé, bâti, détruit, rafistolé, expérimenté, apprécié, inventé. Physiquement comme psychiquement, j'ai été introduit dans le contre-étonnement. Par là je veux dire que l'enfance a été l'ère de l'euphorie, comme le sont les explorateurs. J'étais et vivais dans l'instant. réagissant aux choses au cas par cas et jour après jour dans la continuité des jours et la surprise des cas. Je me souviens de mes pensées et de mon fonctionnement cérébral de cette époque. C'était la passion continue, l'ennui discontinu, la pensée continue, l'émotion discontinue. Désormais, je n'appartiens plus au temps, c'est un esclave, et l'on sait que les esclaves nourrissent des mauvaises pensées à notre égard, laquelle finit par nous influencer. Cela renforce l'esprit de pesanteur: c'est une résultante quantitative qui l'a créé. A partir de 13 ans, je ne semble pas avoir changé. Je domine et cette domination amplifie la solitude: je me suis défait de ces choses qui avant m’entraînaient et me dominaient. Ainsi, il reste l'être, seulement. Ces trois années furent marquées par une unique constante; le doute. Jadis, je doutais de moi et acceptais l'extérieur comme immuable, maintenant, le doute du monde tout entier s'ajoute au doute primitif. Le plus étrange dans tout cela, c'est que je me plaignais du changement lorsque je changeais, et maintenant je me plains parce que rien ne change ! C'est comme si j'étais au sommet d'une pyramide de domination, et par-dessus toutes choses l'univers m’apparaît comme un gouffre béant. Je recherchais les hauteurs, je m'étais pourtant trompé. Je les avaient confondues avec les profondeurs, car ces dernières reflétaient de manière plus tentante le goût des hauteurs. En vérité, virgules et points d'exclamation se sont transformées en points d'interrogation et de suspensions. Je croyais certains auteurs comme des profondeurs, mais j'ai réalisé que ce n'était que des photographies des profondeurs, les auteurs ne vont pas au-dedans du gouffre, ils en contemple l'intérieur comme s'ils y étaient, mais ils n'y sont pas. C'est ainsi que je fus abandonné. Puis je m'envolais des profondeurs. Les échos de ma voix m'effrayèrent. Ainsi, c'est toujours au milieu de tout cela que je fus, entre les hauteurs et entre les profondeurs. Dans le doute et l'incompréhension.

Les crocodiles

Dans le fleuve de la vie,
Il y avait des crocodiles.
Et beaucoup.
Si bien qu'entraîné par les eaux,
nous ne pouvions n'être que fatalistes.
Les sources étaient belles,
et nous étions mélancoliques de ces sources.
Nous ne devenions tristes,
que lorsque nous pouvions regarder
aussi bien à l'avant qu'à l'arrière.
La vie dès lors,
nous paraissait trop tranquille.
Les crocodiles mordaients,
nous projetaient dans les eaux,
et nous périssions plus tôt.
Aujourd'hui les crocodiles sont morts.
L'homme a tué,
tous les crocodiles.
Et tout est devenu pire encore,
Car les crocodiles sont fantômes,
Car les crocodiles sont des incarnations malfaisantes,
Car les crocodiles sont des mystères,
Ainsi, les crocodiles peuvent être,
de toutes les couleurs.
Voilà la pire des choses modernes,
Nous avons fait de l'existant,
quelque chose de revenant.
Nous avons fait de l'existant,
des monstres absents.
Nous avons peur.
Personne ne sait plus,
où se trouve les crocodiles d'antan.
Personne ne sait plus,
Ce qu'est le discernement.
Et,
Nous avons peur.

29 décembre 2005

La nuit - von Eichendorff

La nuit

Qu'il est beau de rêver ici
La nuit dans la forêt silencieuse
Lorsque parmi les arbres sombres
Résonne encore la vieille fable

La montagne à la lueur de la lune
Comme figée dans ses pensées
Et dans les décombres troubles
Les sources vont en se plaignant

Car las j'allais sur les alpages
La beauté devenue paix
La nuit de son ombre froide,
Recouvre mon tendre amour.

C'est la plainte folle
Dans la splendeur slencieuse de la forêt
Les rossignols en résonnent
Tout le reste de la nuit.

Les étoiles montent et descendent
Quand viendras-tu, vent du matin
Et lèveras de nouveau les ombres
De l'enfant perdu dans ses rêves ?


Joseph Freiherr von Eichendorff (1788-1857) in Martin Suter