Il n'est aucun empire humain, Au dessus de moi je ne vois que des oiseaux de mer.

29 décembre 2010

Now, I'm not trying to say that you, or I, just need to give ourselves pep talks before a mirror, and paste a smile on our face. This isn't pop psychology here. The wellspring of vital energy penetrates deep into concerns archetypal and collective. It swells forth spiritual yet sexual, ecstatic and horrific. It is the flowing spring of life energy and creativity that surges through your soul and the history of the human beings. It is both behind and beyond, above and beneath, tapped into the Creator of the Universe.

But, putting aside the flowery language, a down-to-earth picture is to imagine turning on the power at the breaker box in your house. It isn't something you make happen, it's something you tap in to. Suddenly the whole house lights up, and comes alive with humming, scintillating, electrical readiness. Every facility jumps alive at the touch of a button. Likewise, your body and mind are wired for life's energies. So, if you can't turn them on, you may have things in the way, and such a tangle that you can't find the plug anymore. That needs to be gotten into and cleared away. It may be a little, or a lot, but it's important to get into that and start thinking, while you're lying on the couch unable to get out the door.

http://home.comcast.net/~riversrages/DeepTherapy/chapter15.htm


26 décembre 2010

L'amour de soi est une glace sans teint.

C'est un monde de miroirs dans lequel la conscience est emprisonnée.
Autant de miroirs pour piéger l'énergie comme un condensateur.
Puis de l'autre côté du miroir, certains parfois ouvrent les valves.
Nous vident de tout ce que nous accumulons dans ce cercle infernal.
L'amour de soi est cette roue sans fin.

Qu'est-ce qui nous fait vivre ?

La folie d'exister.
Jusqu'au jour où tout s'arrêtera.
J'attends ce jour-là,
Comme si ma vie en dépendait.
Non loin de moi,
Je le vois arriver,
Comme une ombre sur une feuille
Que le vent traverse.

La réalité flamboyante entre en nous par trois faisceaux;

Le corps, le coeur et le cerveau.
Les sens aussi peu affinés font barrage à la révélation de la réalité. La photo se floute.
Les émotions brûlent ou congèlent. Les couleurs de la photo se transforment.
Les pensées entretiennent des modèles de comportements. A la photo un nom est donné.
La réalité devient illusion. L'illusion ne nourrit jamais.
Lorsque ces trois faisceaux se réunissent enfin, ils éclairent le sommet sans tache.

19 décembre 2010

Bleu

Bleu comme un rêve

18 décembre 2010

Par delà la brume, un être se consume.

L'eau effervescente du corps, s'élèvent et s'évapore, brisant les chaines du globe utopique.
Un songe morose survole la dune ambrée, décimant le confins étoilé, gorgé d'amertumes.
Entre deux rives, frôlant le firmament, ruissellent des larmes d'insouciances.
Par-delà la brume, un être se consume...

Ysé

L'élément terrible retiré

Les cendres se déposent
Les vapeurs s'élèvent
Se condensent et se réchauffent

Peu à peu, clarté se fait
Au matin, la mer est calme.

Ne rien ajouter à ce qui a été bien fait, qui est oublié

Réparer ce qui a été mal fait, qui n'est pas oublié
Dis-paraître, ren-être

17 décembre 2010

Edgar Allan Poe - Un rêve dans un rêve

Tiens ! ce baiser sur ton front ! Et, à l’heure où je te quitte, oui, bien haut, que je te l’avoue : tu n’as pas tort, toi qui juges que mes jours ont été un rêve ; et si l’espoir s’est enfui en une nuit ou en un jour, — dans une vision ou aucune, n’en est-il pour cela pas moins PASSÉ ? Tout ce que nous voyons ou paraissons n’est qu’un rêve dans un rêve.

Je reste en la rumeur d’un rivage par le flot tourmenté et tiens dans la main des grains du sable d’or — bien peu ! encore comme ils glissent à travers mes doigts à l’abîme, pendant que je pleure — pendant que je pleure ! Ô Dieu ! ne puis-je les serrer d’une étreinte plus sûre ? Ô Dieu ! ne puis-je en sauver un de la vague impitoyable ? Tout ce que nous voyons ou paraissons, n’est-il qu’un rêve dans un rêve ?

(Source)

15 décembre 2010

L'effort à paraître rend repoussant à soi-même mais surtout repoussant aux autres.

14 décembre 2010


Je ne veux plus voir
je veux voir
Je ne veux plus penser à moi
Je veux VOIR
je ne veux plus penser à eux
Je VEUX voir
Je ne veux pas
Je veux
Je ne veux plus être
Je ne veux plus penser
Je ne veux plus essayer
Je ne veux plus ignorer
Je ne veux plus oublier
Je ne veux plus aimer
Je ne veux plus aller
Je veux voir
Ma volonté, je la laisse ici.
Qu'est-ce qui me retient de voir ?
Le monde que je connais, vais-je le conserver ?
Les choses dont j'ai l'habitude, vais-je les conserver ?
Vais-je me souvenir de cette vie ? Est-ce que je veux garder ?
J'accepte de tout oublier
J'accepte d'oublier à jamais la vie
Pour voir à la place
J'accepte de réduire à néant chaque particule de souvenir FAUX ET AMER
J'accepte de tout oublier pour ÊTRE
Qu'était-ce, tout cela ?
Ce rêve en moi, comme un parasite, a fait de moi son hôte
Chaque particule de rêve me façonne
Avec douceur je vais souffler, jusqu'à ce qu'il ne reste rien
Rien ne m'intéresse dans ce que j'appelle "moi"
Année après année après année
Qui n'existent pas
Se chevauche la mort et la douleur, la vie et l'ardeur, pour une seconde perte
Tout cela a l'importance d'une mouche écrasée
Changer, c'est une chose impossible
L'impossible est dans une coque de noix
Je l'envoie au loin

Le monde charnier où rien ne vit

Désolation
Dans un miroir se reflète une ombre
Dans un cercle une césure
Rien, il n'y a rien
Regarde
Rien, il n'y a rien
Je ne vois rien
L'éternité dans un tube, et je regarde à l'intérieur, au fond, je ne vois rien
Mes mains tremblent dans un rien
J'essaye d'ouvrir une faille de force
Pourquoi ? rien, pourquoi ?
déjà je suis parti, oublié quelque part
Pourquoi rien dans l'esprit
Pourquoi rien autour de moi
je vois une ombre, tout est parti
Un brin d'herbe dans le vent, déjà.... et ce n'est rien
Un clair de lune dans l'amour, déjà.... rien
Une histoire à raconter, une histoire à regretter, encore rien
Il n'y a rien, et je cherche quelque chose
ça doit s'arrêter maintenant
Tout doit s'arrêter maintenant
je vais donner au rien une partie de moi
Pour dire : voilà rien que je te donne, le rien va s'agiter et dire : adieu
En lisant un rêve cette phrase cet esprit
Doit remonter et dire : adieu, rien.
je t'embrasse, rien. Car rien, mon corps l'est, mon âme l'est
Divisés nous retombons quelque part
Où ? Que sais-je ? Cette chose m'enveloppe comme du piment sur toute la surface de mes yeux
Je vois un point noir ou le monde, c'est pareil
Je ne vois rien
Faites de moi un monstre
Faites de moi un pantin
Faites de moi rien
Sous une cloche, je fonds
Rapidement, doucement, nul part, ailleurs
Absence
Après chaque mot (rien)
Dire (rien) une (rien) chose (rien) ou (rien) une autre (rien) pour...
Et tout recommencer

12 décembre 2010


Où que j'aille brille l'étoile

Insurmontable et insurmontée
Où que j'aille luit le pommier
De vertes pommes et de noire écorce
Hiver printemps été automne toujours
Ses fruits mûrissent dans la joue
Ses fleurs périssent sous la pluie
D'une flamme il est entouré
Sa terre est son ciel
Son eau est son soleil
Et très haut invisible
Un ruisseau rejoint ses pieds
Flottant on ne sait où
Ouvrageant le monde comme
L'Araignée sa toile
D'un fil vert et d'un fil bleu
Il tisse le paradis
D'un fil rouge et d'un fil jaune
Les enfers obscurs et mauvais
Et d'un fil d'or il les relie
Dans la danse ils s'oublient - se trompent
Et le monde s'enorgueillit - se trompe
Du fini, de l'infini
De l'aujourd'hui, de l'ici
Échappée du museau d'une souris
Un tourbillon rose s'élève et s'abaisse
S'élance et se disperse
Se tord et se perce
Jusqu'à retrouver l'étrange pays
Tout gris, comme une pie
Auquel il appartient.
Par la cheminée des vices
Le goulot des aigreurs
L'ivresse des ardeurs
L'élément oublié du monde autorisé
Le caduque, le versatile
Le tire-bouchon de la peine fraîche
Le calice des douceurs,...
Puisse le renard sautillant
Retrouver la gueule du loup
Et la couleur surnaturelle
L'espace intemporel.
La rose ouverte
Depuis dix mille ans
M'arrive

Le corps est une bouée.

La colonne vertébrale, au milieu du tronc, est vide comme celle d'un arbre.
C'est la chaîne lumineuse qui relie le bateau cérébral au centre mystérieux,
étoile, source, et ancre.

Les adultes sont malheureux et laids

Les enfants sont heureux et beaux
Les enfants sont éduqués au malheur et à la laideur
Une distorsion d'un millimètre à la base produit un écart d'un mètre en haut
Tout l'art de l'harmonie réside dans la verticalité de l'axe conscient
Grandir, combien de vies pour trouver la perfection ?

Une imagination entraine

Une imagination rapproche

Une pensée concentre, ferme, éloigne, réduit, s'obstine, s'obsède,
Une pensée ouvre, fluidifie, adoucie, se détache, libère

Le papillon doit ouvrir la fenêtre du présent, faire passer ses ailes dans une brèche minuscule
Pour associer l'éternité de la nuit à la terre du jour

Mon corps est tissé comme un cocon

En son centre se développe un papillon
Que Nature puisse lui apporter les forces nécessaires

A réussi sa vie celui qui peut s'endormir le soir aussi reposé et détendu qu'au matin


Si nous pouvions voir la Nature

Nous verrions des chaines, des chaines et des chaines
Enchaînées à d'autres chaines
Et rien que des chaines
La Conscience les surpasse toutes

10 décembre 2010

"La vie humaine est un songe : d'autres l'ont dit avant moi, mais cette idée me suit partout. Quand je considère les bornes étroites dans lesquelles sont circonscrites les facultés de l'homme, son activité et son intelligence; quand je vois que nous épuisons toutes nos forces à satisfaire des besoins, et que ces besoins ne tendent qu'à prolonger notre misérable existence; que notre tranquilité sur bien des questions n'est qu'une résignation fondée sur des chimères, semblables à celle de prisonniers qui auraient couvert de peintures variées et de riantes perspectives les murs de leur cachot : tout cela, mon ami, me rend muet." (Goethe, Les souffrances du jeune Werther, 22 mai)

6 décembre 2010

Malaxer et malaxer ce que nous sommes, une matière de perception, une pâte propre à la perception, pour l'ouvrir peu à peu à l'eau.


Pour ouvrir peu à peu notre fenêtre à tout ce que nous percevons pas. Construire la coupe.

27 novembre 2010

Les vraies questions sont comme des dragons flamboyants;

Il est impossible d'en faire quoi que ce soit tant qu'ils ne sont pas surmontés,
Et leur ardeur apprivoisée.

Le monde est faux. Le monde est un coffre. A l'intérieur, il y a un trésor. Mais c'est de l'intérieur que le lourd couvercle doit être soulevé. L'ouvrir ne dépend pas de nous, mais de quelqu'un d'autre à l'extérieur qui déverrouille le cadenas s'il entend quelque chose (une corne) frapper.


A l'extérieur, le soleil réchauffe la glace. C'est à la glace d'accueillir la Grâce.

Nous sommes toujours dans un avion. En dessous, le vide.

24 novembre 2010

Où que nous nous tournions il n'y a que le mystère,
Et nous ne sommes que profanation.

Que nous suggère le prochain solstice ?

L’âme entretient un subtil commerce avec la personnalité. Douleur feutrée que cet éclairage incommode. Souffrance des sacrifices qui pour des choix d’un jour tranchent la chair du vrai. Car la sincérité surgit du rapprochement difficile des deux soi. L’ensemble grossier et multiple - nos multiples facettes - , et le moi, - moi éternellement. Les troubles extérieurs reflètent les désaccords intérieurs. Seul un flux de nature supérieure ordonne et purifie le vase brisé que nous sommes.

Il faut préserver le fil d’Ariane qui est aussi la mèche de notre bougie et l’objet de toute notre attention. En ces jours sombres, tâchez de ne pas vous oublier. Tâchez de ne pas tomber comme un triste funambule. Vous pouvez, vous-même, recevoir une force harmonieuse supérieure qui unit comme le magnétisme, au lieu de désunir comme l’électricité. Être le miroir qui reflète, comme le lac d’altitude, l’union éternelle de tout l’univers.

Libre, comme une brise lointaine et proche qui n’existe pas, et seulement existe. Ce cri très lointain, c’est vous même, heureux. A chaque seconde l’éternité passe, à chaque seconde l’éternité s’approche, l’éternité, à tout jamais éternité. Indomptable, incompréhensible. Quiconque existe est frappé par ce mystère impénétrable. Quiconque sommeille est frappé par la mort. On reconnait la présence de la vie au degré d’émerveillement devant elle, la vie s’émerveille elle-même et se renforce ainsi, produisant la joie.

La vie enrichit la vie, mène à des expressions plus grandes de la vie. C’est l’espoir qui répond à la conscience de notre limitation et l’inutilité qui nous trahit, nous caractérise, sur cette planète. La souffrance est normale, s’y préparer nous rapproche des parties de soi méprisées qui peuvent finalement fusionner, seulement après avoir "payé".

Le rêve, les illusions, sont là pour nous faire oublier ce que nous sommes, et rejeter la partie en nous, qui sait que la vie est essentiellement dangereuse pour elle. Cette partie est notre âme. Rejetant la permanence, nous avons choisi le sommeil, c’est-à-dire, la mort. Ayant toutefois besoin d’une stabilité, nous avons dû la chercher dans la matière. Ainsi est né la peur, qui a réciproquement augmenté la division intérieure et extérieure et les liens à ce monde. Tel le champignon rampant et le lierre enserrant.

Ayant vu le tout, je vis qu’il n’était rien, ayant vu le rien, je vis qu’il était tout. La nostalgie spirituelle arrête le temps, ponctue le cours de nos vies et les rassemble hors du temps. Nos corps ressentent le trépas du monde perdu. Notre repos misérable est parcouru de convulsions, autant de réactions communes à tout organisme rêche, desséché, exposé à la fadeur.

Or nous avons sacrifié l’intégrité, l’autonomie, la cohérence et la liberté, à l’esclavage, les rapports de pouvoir, le mensonge. L’imagination est un brigand qui nourrit le monde d’aliments mal obtenus. L’imagination enfreint et trahit le vrai, blesse au plus profondément de soi. Déperdition de tout, nourriture des mondes inférieurs.

Aujourd’hui, ce monde atteint l’apogée de son absurdité et nous sommes condamnés à sombrer avec lui si nous ne choisissons pas d’aller à l’encontre du courant - de s’y faufiler avec intelligence, protégé par la connaissance.

Attiré auprès du puits, personne n’ose y descendre pour y trouver la clef égarée, perdue dans la glaise. Si de nombreux fils tressés en spirale, c’est-à-dire une corde, nous retiennent dans l’obscurité, nous avons toutes les chances de réussir, d’être et représenter l’enfant qui, au levé du jour de Neos Helios, ressent la caresse des premiers rayons du soleil. Ses paupières s’ouvrent, le sortilège est levé.

L’arbre qui puise dans la source jamais ne s’éteindra. Alors nous n’aurons rien, ne possèderons rien, "sauf notre Musique & notre Philosophie & serons Heureux". S’il vous plait, cet hiver, ne laissez pas tomber cet espoir.

(newsoftomorrow.org/spip.php?article7059)

22 novembre 2010

D'un coup tout me semblait si réel, si extérieur à moi. Cette forme, cette couleur, cette structure, étendue, tout cela que jamais je n'avais perçu ni connu. Tout cela extérieurement étranger, depuis un temps très, très "long".
Je regarde autour de moi ce monde comme je regarde d'anciennes photographies, comme si nous n'avions rien en commun.

Qu'est-ce qui a pu me faire croire l'inverse ?
La répétition ? L'habitude ? La fausse familiarité ? L'extinction énigmatique d'une psyché volatile ?
L'identification forcenée, mortelle et insipide à un "rôle" prédéterminé par des données et idéaux illusoires recueillis parmi les fumiers et les pourritures d'une grandiosité hésitante entre le sublime et le simiesque ?
En voyant que cette main n'est pas la mienne, tout en étant indivisiblement propre à l'expression corporelle d'une force percevante et formatrice, j'existe et je ravive ce qui s'en allait dans la brume de l'indistinction.
Reclus dans le faux, plongé dans le faux, ensemencé par les graines du faux qui en moi éclosent; prisonnier du faux qui m'aveugle comme quelque chose qui, recouvert d'une épaisseur de terre, attend de percer à la lumière, je vois, je sens, je goûte, j'entend, je touche .... du faux et rien que du faux. Faux j'absorbe et faux je suis.
Mon âme, que puis-je faire, si j'aime le faux ?
Que peux-tu faire sinon t'éloigner et attendre ? et me quitter, comme déjà tu m'as quitté ?
Mon âme, toi, vivante dans le vrai, qui dans chaque nouveau pas effectué par ton ombre, voit le poison, que peux-tu faire sinon patienter ?
Te percevoir, cristalline et unique, parfaite et reflétant le monde entier en miniature -- halo de flux versicolores, essence des ombres -- disais-je, est au-delà de mes capacités.

17 novembre 2010

Si j'enlève ma peau

Si j'enlève ma chair
Si j'enlève mes os
Comme un cristal je suis
Invisible

Cherchant

Dans un cercle
J'ai contemplé la lucidité pure
J'ai vu le soleil au coeur de la nuit
J'ai vu le sang sous la peau
L'horreur sous la douceur
Le monde de feu sous la glace
La sève sous l'écorce tiède
Le noir sous le blanc
L'immonde entourant le précipice
L'effroyable sous l'ordinaire
La couleur sous la couleur
Ce toi sous ce moi
L'un dedans le rien
L'essence pure
Et je meurs
Brisé


17 octobre 2010

Comme des petits soldats de plomb qui s'avancent vers leur unique et seul but -

L'auguste et lointaine mort.


Les eaux pénètrent les terres et les fertilise. Je suis la terre, l'eau, c'est le monde. Ainsi le printemps naît. Lorsque le soleil brûle la terre, elle porte ses fruits. Ma nature céleste est ce soleil, ses fruits sont mes ailes.

Pas de structure. Pas de forme. Pas d'équilibre amer. Pas de ligature. Pas de lieu. Pas de place. En dessous est le feu, au-dessus est le feu. Rien d'autre.

Le jeu de la vie consiste à saisir l'essence des choses. Nous savons qu'elle existe néanmoins nous ne savons comment l'approcher.

Le réveil des consciences

(Note : C’est pour les paroles des chansons que les liens Youtube sont indiqués)

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Toute vie naît, s’étend, décroit, et meurt. Toute vie enrichit le monde par l’intérêt qu’elle lui porte. Toute vie périt d’un trop grand désintérêt pour le monde. Notre vie d’abord s’élance, puis se modifie imperceptiblement, et s’écarte si profondément que l’effort ne peut être soutenu. La première déviation de cet intérêt pour la vie, voilà la cause du déclin. C’est aussi la première courbure des rayons du Soleil, lorsqu’il rejoint l’Ouest. La première acceptation, la première soumission, voilà l’origine de la corruption. Le rayon s’éteint, le rayon s’éprend, s’emprisonne, se piège, se détache, s’attache à refléter, à mettre en relief, donner de la consistance aux objets, aux ombres, pour figer quelques fantaisies dans le flux du temps. Nous sommes ces rayons.

Nous n’avons aucune limite, existons en toute chose, partageons la chaleur du monde. Il y a aussi peu d’espace entre l’image et l’être que de temps qu’il faut à l’antenne d’une fourmi pour tâter l’air de sa vibration. Mais comme un être blotti sous d’épaisses couvertures, nous nous abritons derrière les images de la grande illusion. Nous, Rayons brisés, enlaçons passionnément d’insaisissables mirages, espoirs, qui s’obscurcissant, deviennent sépultures. Comme si le navire retenait l’ancre plus que l’ancre le navire. Nous pensons ’demain’, et nous aimons ’demain’, et nous désirons ’demain’, et toujours ’demain’ est cette ancre fluctuante et incertaine. Or demain ne se voit pas, ne s’entend pas, n’est rien de substantiel, ne peut pas s’appeler, se craindre, se mouvoir, s’épancher, s’éterniser.

Demain n’a de réalité que lorsque nous pensons à demain. Le passé n’est pas passé, le passé est ici et le demain n’est pas à attendre, le demain est ici. Il n’y a pas cet inconnu incompréhensible, qui étroitement, se loge dans l’hier et le demain, et cherche à se faufiler... Comment peut-on dénier à ce point le présent ? Serait-il possible à un corps d’ignorer ses membres ? Nos bras et nos jambes ne sont pas d’âges différents, ni d’humeurs contraires. De même nous sommes un. Hier et demain sont un. Cette union n’est divisée que par le déclin des rayons. Aujourd’hui n’a pas plus de réalité qu’hier, car hier est aujourd’hui, comme deux bras sont attachés au même corps. Le temps passe ? Le voyageur passe-t-il sur le chemin, ou le chemin, ce chemin serpentiforme, passe-t-il sous les pieds du voyageur ? Le « là » d’hier, le « là » de demain, s’écrivent-t-ils différemment ? Saturne dévore ses fils — la chair du vieillard et celle du nouveau-né sont-elles dissemblables ? Une rivière qui s’écoule, son corps aqueux est-il autre à chaque instant ? Si nous, pèlerins du temps, ne pouvons entrer deux fois dans une même rivière, cette rivière n’a-t-elle jamais existée ? Souvenons-nous de ce petit chemin sans queue ni tête...

La conscience toujours EST, en toutes circonstances. Le temps ne l’affecte pas. Il est possible de revenir à un dernier instant de conscience par un « glissement temporel ». Nous ne pouvons pas déplacer le « curseur » de notre conscience comme celui accompagnant la lecture d’un film, en raison du nombre de liens, de notre implication, notre identification extrême, dans les scènes du film. Mais plus « nous sommes ce que nous sommes », moins « nous sommes le film », et les liens s’amenuisent, ouvrant la voie à la seule véritable liberté. « Être soi », c’est non pas revêtir une forme, un contenant, c’est être apte à accueillir l’énergie qui permettent leur existence. Cependant, à la fois forme et à la fois énergie, notre être est de nature double, « participante ».

Courir dans le vide, être pressé par la vie, est-ce là le destin des hommes, qui s’élancent vers un « nul part », qui oublient leurs origines. Qui vont sans cesse, ici, là, sans rien apprendre, glanant la vermine et la misère, d’une mer à l’autre. Qui sont comme des bolides que rien n’arrête, dans le ciel voilé des outrages horrifiants, que subit impuissante l’ombre douce et triste du temps passé de l’instant présent. En ce monde, le soleil et la lune toujours séparées nous jettent dans l’alternance du temps — cette ronde, ce sortilège, ce cercle doré. La réconciliation seule dissipe les cristaux de glace à la porte du soleil. Alors l’univers calfeutré se réveille et se révèle, embaumant d’un nuage le passage du labeur.

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Réunion tant attendue des deux lointaines polarités, épanouissement du lys couronnant le bulbe nutritif... Promesse d’une harmonie retrouvée entre terre et ciel... Car souvenez-vous... ce qui est perdu doit être retrouvé, ce qui est ajouté doit être enlevé. Quelle force puissante parvient pourtant à pétrifier d’une forme unique, l’infinie fontaine des possibilités ? Comme une argile malléable, comme un gaz éthéré, toutes formes nous pouvons adopter, mais quel est le contenu, qui semble nous retenir ? Quelle énergie pourtant, se trouve dans l’eau, dans l’air, qui d’elle-même, adopte la forme du contenant et ô surprise, la conserve, jusqu’à ce que l’énergie faiblisse, redescende dans les abimes, et reforme ailleurs, une autre « forme de vie » ?

Quel étrange ciseau, fait de notre vie arborescente, un bonsaï tortueux ? D’un, devenu deux, et dans le temps, mille ? Moule de plâtre, coquille d’œuf, amphore ou coupe, autant de réceptacles qui comme notre crâne, renferment, reçoivent et recueillent, la virevoltante vie versée par une source oubliée. D’une mystérieuse abondance jaillit la vie, et cet influx gracieux a pour origine un horizon qui s’étend aux limites de ce que nous pensons réel. Un rivage délimite l’île de la réalité, sur lequel parfois s’échouent d’étonnantes créatures du grand large. Perdus et sans défenses, nous sommes près de ce rivage incertain, comme devant l’inconnu, le merveilleux. Comme avec soi-même. Ici, la chouette voit dans l’obscurité, le dauphin fuse parmi les vagues, et pareil à eux, l’enfant ne craint sa propre magie. C’est elle que laisse entendre le terrier du grillon. Robinson aussi, avait son antre mystérieuse et dévorante, dans lequel il s’enfouissait, comme le font les chenilles lorsque l’heure de la transformation est arrivée. L’union, dont le sort est incertain, nécessite l’obscuritéd’une cavité souterraine, au cœur de la Terre, à l’abri des machines.

Bien que routinière, l’affolante continuité des habitudes est un insondable effort, car elle adjoint à sa course, pour son bon fonctionnement, un regard, une culture, une interprétation particulière du monde, une limitation. Or la seule différence entre les « formes de vie » est leur niveau de perception. Ce que nous voyons détermine ce que nous sommes. La concentration demande un effort, mais l’attention est autre chose. Ce que le jour sépare, la nuit réunit. Ce que la nature expire le jour, elle l’inspire la nuit. Ce qu’elle expire l’été, elle l’inspire l’hiver. Le sang nourrit d’oxygèneles organes. Nourrissons-les aussi de la vie elle-même ! La flamme de vie, claire et simple, n’est pas l’agrégat d’atomes arrachés. L’esprit seul peut liquéfier de sa chaleur, la forme de la cire. La conscience qui adoptait la forme de la cire peut ainsi adopter la forme de la flamme. Devenir la flamme elle-même et rien d’autre que la flamme. Cet esprit n’est pas seulement une flamme. Lorsque l’esprit s’alimente, il est une flamme. Lorsque l’esprit nourrit, il est une source vive. La flamme a parfois tant de mal à consumer les excès, le superflu, et l’inutile, qu’elle est asphyxiée par sa propre fumée. Le mouvement s’arrête, l’eau se change en glace. Une infime chaleur suffit pourtant à la faire fondre, et à redéployer sa force originelle. Une chaleur plus forte la fait rejoindre l’air et le vent. Ce sont encore une fois les contraires qui s’affrontent, la force créatrice rouge produisant des formes dans le substrat bleu, celui de toutes les possibilités. Le passé rougeâtre des anciennes photographies, le décor bleuâtre des prévisions prochaines ; la cardiaque émotion, l’analytique intellect, ont besoin d’être fixés dans le « sel » du Présent, c’est-à-dire la jaune lumière de l’influx spirituel. Les bâtisseurs des cathédrales ont su associer dans les vitraux, à la perfection, ces trois couleurs primaires.

La conscience surgit parfois, comme un rayon qui féconde la matière. Ce sont des moments particuliers qui unissent les reflets de nos vies, comme autant de pièces qui demandent à être « collectionnées » et associées, jusqu’à former la sensation distincte du Je Suis de notre véritable nature : énergétique et libre. Toute « conscience » est « présente » par définition, de même que chaque goutte de sang se trouve dans le même corps. Et comme le sang, la conscience a parfois du mal à circuler, certaines artères, certaines branches, sont mortes et asséchées. La conscience s’enfonce douloureusement sous le poids de ses « enfants » — chaque pulsion, chaque habitude, chaque forme et chaque trait de notre personnalité, comme autant de poussins sur le dos d’une bienveillante mère. Celle-ci, comme la conscience, se tient dans une vigilance tranquille mais ne peut surveiller et protéger tous ces petits êtres. Chacun d’entre eux devront reprendre leur place sous ses ailes. Ainsi elle les « rappelle », et nous aussi, nous rappelons les nombreux souvenirs actifs — autant de petits êtres — que nous avons cédés aux méandres de l’oubli. Tout ce qui « reviendra à l’esprit » pourra alors surprendre, positivement comme négativement.

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La vie paraît bien longue si nous nous projetons dans « l’avenir » en imaginant que l’histoire à laquelle nousobéissons se répétera. Nous nous imaginerions alors essoufflés, esseulés, dévitalisés à l’approche de la mort. C’est en effet l’avenir qui nous attend si la conscience n’éclaire pas nos traces de sa sagesse. Toutes les possibilités nous échapperaient. « Tout » ou « rien » ne supposent ni limite, ni anticipation. Le chemin se construit au fur et à mesure de la marche, comme un rêve qui se tisse, comme un tableau, le motif achevant l’intention. Mais si nous décidons à l’avance de ce que nous voulons y peindre, au lieu d’accepter le « tout » ou le « rien » de la toile, que nous voudrions par exemple y mettre du « blanc », l’univers se chargera de mettre du « noir » pour donner au blanc sa réalité. En somme, tout désir de notre part est automatiquement équilibré. C’est le « réel » mais aussi un « terrain d’expérimentation » libre. Le monde semblant « réel » et « solide » maintenant, ne sera plus qu’un souvenir dans quelques jours. Mais il n’était pas plus « réel » ni « solide » il y a une minute, ne persistant plus que dans la mémoire. La « solidité » du monde est donc extrêmement paradoxale, mais pourtant elle nous affecte. Plus paradoxal encore, plus son « irréalité » spirituelle sous-jacente est ignorée, plus sa « réalité » matérielle apparente nous affecte. Il est donc faux de dire que la vapeur est plus « irréelle » que la glace. Vapeur et eau nous affectent, mais de différentes façons.

Ainsi, nous sommes partagés entre deux états de la matière, nous sommes parvenus à la croisée des chemins, comme Janus ou Hécate. Ne pas choisir signifie revenir encore, encore, encore et encore, devant ce même « embranchement ». C’est un choix entre l’énergie, la vie, la lumière, ou la matière, la matière, la mort. Lorsqu’un contenu hautement énergétique est retenu dans une enceinte, celle-ci est souvent contrainte de céder et les effets sont dévastateurs, destructeurs. Il s’agit des « pulsions », des « passions » et autres mouvements qui résultent d’une réaction à l’oppression de l’énergie. Cette violence ne peut exister lorsque l’expression de l’énergie est naturelle et entière, lorsqu’elle s’écoule sans aucun obstacle. « Aimer » est un terme que l’on donne parfois à cette admiration active. Plus il y a de limites à l’expression de l’énergie, plus les besoins sont importants et plus un être a de besoins, plus il est « contrôlable » ou « manipulable ». Ce n’est pas dans ces besoins, ces récompenses, ces attentes et ces satisfactions que se trouve le réel bonheur ; comme le dit la comptine, Pierrot – la matière – n’a pas de lume – de lumière – pour écrire un mot.

12 octobre 2010

Mettre un terme à la folie

L’humanité crépite dans les flammes d’un immense brasier, cependant les rues, les cafés, les bureaux, bref, le monde dans sa quotidienneté semble parfaitement "normal". "C’est ainsi ! Le monde est ainsi. Inutile d’aller plus loin." Dans nos villes, ces laborieuses et muettes fourmilières, les activités humaines "habituelles" se répètent inlassablement. Quelque chose de terrible pourtant, se dissimule dans cette impression de normalité. Il suffit d’y prêter attention. La machine est en route, l’humain-automate est entraîné vers la surface par d’étranges filets. Le banc ne sert plus de refuge à aucun poisson — le banc tout entier est pris au piège.

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Jeppe Hein - Spiral Labyrinth I, 2007

Quel est ce filet ? Il faut imaginer la conscience au centre d’un décor fantastique qui recouvre la réalité de multiples couches de mensonges. Les mensonges, comme autant d’interprétations subjectives de la réalité, tapissent nos multitudes de papiers peints, innombrables, ajoutés les uns après les autres au fil des siècles. Partout, des représentations. Miroirs déformants, grossissants, miroirs aux alouettes. "Alouette, je te plumerai", dit la comptine. La tête en premier, bien sûr, puis le bec, les yeux, les ailes...

"Stories !" s’exclame Lloyd England à propos du conte pour enfant qu’est le 11 septembre. Un très mince fil sépare les espoirs des histoires. Les histoires engendrent des espoirs, qui à leur tour engendrent notre "vie" toute entière. J’ai le sentiment que l’humanité est poussée vers un désir sans fin, et qu’aucun traitement de choc ne résoudrait cette aspiration désespérée. Le monde n’est pas comme nous l’imaginons, il est un cimetière et nous sommes profondément enfouis. Dans l’obscurité, nous contemplons un rêve fabuleux.

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"Toi qui entre ici, laisse toute espérance !"

Nous tenons tant aux promesses qui nous ont été faites, et qui nous font avancer malgré tout. Comment occuper (ou encore mieux, pré-occuper)un con ? Simplement en lui faisant espérer ceci, puis cela, puis encore autre chose, jusqu’à sa mort. Mais croire, c’est déjà mourir. Le piège est referme, le pillage s’opère. Raconter des histoires, c’est devenu pour certains une spécialité. L’industrie du cinéma fonctionne sur des histoires, et à la télé, rien d’autre que des histoires. Cependant, nous payons les places de cinéma et la redevance télévisuelle pour entendre des histoires. Et nous en voulons encore, encore ! Chaque jour, une nouvelle histoire.

Les cernes de l’avenir se remplissent de peine au fur et à mesure que nous avançons sur les pas de la folie. Rien ne fera revenir le monde à son état originel, dénué de toute déraison, à moins de cesser d’espérer, de voir ce qui existe réellement, à savoir, une source incommensurable bien indifférente à toutes nos prétentions.

Tandis que passent les années, défilent les siècles et s’égrènent les millénaires, l’homme ne semble pas avoir évolué. Comment pouvons-nous soutenir la vision effroyable d’un avenir n’ayant aucune substance autre que celle d’une dégradation perpétuelle ? Notre vie n’a de sens qu’à moins de la soumettre à un jeu de perspective qui donne à notre action une amplitude dépassant notre propre existence. Qu’est-ce que l’amour (réel) sinon l’admiration pour une amplitude extraordinaire perçue derrière les différentes facettes de la vie ?

Il est terrible de voir chacun d’entre nous comme hypnotisé par de simples histoires, et marcher au son de la flûte des illuminés comme de simples robots. La vie enseigne que certaines choses sont prévisibles. En réunissant un nombre suffisant de facteurs, l’avenir n’a plus rien d’obscur, mais au contraire, se révèle clair et limpide, car il n’est plus qu’une simple répétition du passé. C’est pourquoi espérer n’a aucun sens, rien de nouveau ne pouvant advenir qui ne se soit déjà produit dans le passé.

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"Les chiens gobent tout ce qu’on peut leur dire" (Alice au pays des merveilles)

Nous avons derrière nous un passé d’horreurs s’amoncelant à un rythme infernal, que peut donc nous apporter le futur ? Nous pourrions même dire que nous sommes les enfants de l’horreur, étant impossible pour nous d’arrêter cette marche folle et dérisoire de zombies décharnés. Et pourtant, nous avançons. Tandis que nous pourrions dire : voici notre fardeau, tournons le dos aux espoirs, et voyons ce que nous avons fait. Oublions toute destinée, car ce n’est rien d’autre qu’un rêve, regardons plutôt sous nos pieds, sur quoi nous marchons, de quoi est fait notre passé, et que se passe-t-il par notre faute, que faisons-nous pour les consciences de chacun de nous sur Terre, qui sont broyées sans pitié aucune.

Voyons ce que nous avons fait, nous, qui devrions être responsables de l’humanité dans son ensemble, et de tous ces êtres qui subissent les pires atrocités dans un silence morbide. Voyons ce que nous pouvons faire, voyons ce qu’il nous reste à faire. Quelles autres questions avons-nous à peser aujourd’hui ? Nous acceptons l’insensé, nous refusons le sensé, pourquoi ? Pour les moribonds, c’est tous les jours Halloween.

Une force terrifiante se loge dans la destruction. C’est une force qui nie la vie. La destruction d’une vie, d’une conscience, demande d’abord de l’oublier, de faire comme si elle n’existait pas. Pour abattre un arbre, il faut d’abord oublier qu’il s’agit d’un arbre. Peut-être en y voyant à sa place objet vert et feuillu, un parmi tant d’autres, et rien de plus. Pour être capable d’assassiner la conscience, il faut d’abord l’avoir oubliée. Toute destruction va de pair avec le rêve. Rêver et détruire ne sont que les deux visages de la même puissance, la face éclairée et la face obscure de la Lune. Le rêve se nourrit de destruction, mais la destruction ne semble pas enrayé le rêve. Rêvant, l’homme oublie l’homme.

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Rien ne va changer. Rien ne peut changer. Cela demande d’être ressenti aussi fortement qu’une pluie glacée qui glacerait les os. Où est la sortie ? Il n’y a pas de sortie. Toute "amélioration" illusoire que quiconque pourrait inventer est un autre rêve, passant sous silence l’inséparable "dégradation". Les conditions qui sont les nôtres aujourd’hui, c’est-à-dire notre vie en général, ne peut changer. Il est ardu de déterminer ce qui en nous, n’est pas un rêve, et constitue un socle persistant qui puisse réellement être. Mille caractéristiques pourraient sembler nous définir, or il s’avère toujours que nous nous trompons. Nous agissons selon une définition que nous avons de nous-mêmes, or que sommes-nous ? Nous ne le savons pas, et c’est la seule piste qui nous est offerte. Nous ne savons pas ce qui se cache derrière les illusions, les revêtements, les interprétations, les opinions, les histoires... et pourtant, cela est. Sans quoi, tout s’effondrerait.

Les mots ont le sens qu’on leur donne, et tant de choses recouvrent un seul mot ! Un rêve fantastique entoure chaque mot, chaque expression, chaque terme appelant d’autres sentiments, pensées, et ce, à l’infini. Autant de mots qui reflètent des irréalités, des piètres songes, des cortèges de gestes désordonnés. Les courses effrénées autour de lumières trompeuses n’ont jamais apporté autre chose que des pleurs et grincements de dents. Tant de cruautés pour avoir cru !

Que reste-t-il, lorsque la fête est finie, lorsque le film se termine, lorsque le rideau se ferme, lorsque les lumières s’éteignent, lorsque les paupières tombent, lorsque le soleil se couche, lorsque l’élan s’arrête, lorsque l’énergie s’épuise, que reste-t-il ? Lorsqu’il ne reste plus rien, que reste-t-il ?

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"Les producteurs remercient tous les poissons qui ont participé à ce film."

Et finalement s’élève improbable... quelque chose d’inconnu, mais de commun à toute harmonie, à toute vision de beauté, de sensation de sacré, de juste, de vrai, d’immense et d’incorruptible. Une brume impalpable qui rappelle à soi-même son origine. Une brume qui apporte la pluie et la rosée du matin, une brume qui disperse les mirages et dévoile les monstres. Voici l’or du "dehors" qui s’infiltre dans les méandres de la personnalité brute et matérielle comme un filet d’eau fraîche et pure abreuvant les replis de la terre. Elle est bonheur, car rien ne dépent d’elle et elle est tout.

De cette brume verdit les campagnes, renaît le pouvoir personnel, dans le silence et l’obscurité. Folle est la vie qui l’arrache et l’aspire. Cette brume, si sensible, s’échappe toujours plus loin dans les cieux, s’approchant des mortels lorsque seul leur agitation s’arrête. La mort rappelle cette brume, cette fine énergie — parfum d’éternité. La main ouverte est seule capable de recueillir cette eau et revendiquer la liberté.

Un corps dépourvu d’agitation, des émotions qui ont fait retour à leur racine, et un esprit libre de toute idée, permettent à l’esprit de revenir, magnétisé avec grande industrie. Le vide est le terrain sur lequel il s’accumule, comme un silence qui pèse jusqu’au réveil, rétablissant l’harmonieux, le lien perdu. Toute la vie durant, l’irritation des vents de la manifestation empêchent à l’esprit de s’installer, s’orienter et former le tout qui serait celui d’un nouvel organisme spirituel.

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Le merveilleux tient en horreur le vain, le futile, le corruptible, salissant le pur et détériorant même le métal le plus précieux. La lumière s’éteint dans les courses insensées, qui lèguent fardeaux et poussières, et que la pluie transforme en une boue noire et glauque que seules les âmes terrestres peuvent contenir tant cette mixture est puante et vile.

La vérité se trouve là où ce monde s’évanouit, lorsqu’il ne reste plus que soi et le soleil du réel, qui brûle la peau dans l’air glacé, rayonnant une lumière intacte et nourrissante. Le corps absorbant cette énergie comme un mets rare et magique, éclot parmi les ondes de la source, apportant à ceux qui n’ont rien la vision du néant infini, du soi sans nom connu de toute éternité. Tel un fleuve abreuvant les animaux qui franchissent l’unique porte réparatrice, dépourvue de malignité, ce baume retourne à l’esprit, le guérit, grâce à la mort ayant dispersé les folies temporelles et mondaines, et autres haïssables et imprudentes fatigues.

Bien des mots pour dire ce qui ne peut être dit, pour révéler ce dont les lettres ne peuvent s’approcher sans se consumer elles-mêmes. Les illusions ne laissent ni trace, ni fumée ; naissant du vide, le vide les reprend. Le vide ne peut être possédé, mis au service d’ambitions assassines, sans se perdre. Sans nous perdre. Entendre remplace alors écouter ; regarder remplace voir, et réfléchir remplace penser. L’arbre millénaire tombe. L’œil est cerclé. Occupé, hanté, prisonnier ; hier, aujourd’hui, demain, peu importe le sens. Suis-je encore en train de rêver ?

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Âme-çon ?

9 octobre 2010


Il y a quelque chose de commun à toute harmonie, à toute vision de beauté, de sensation de sacré, de juste, de vrai, d'immense et d'incorruptible. Il y a toujours une brume impalpable qui rappelle à soi moi-même son origine véritable. La brume apporte avec elle amour et apaisement. Elle est l'or du dehors qui s'infiltre dans les méandres de la personnalité brute et matérielle comme un filet d'eau fraiche et pure qui s'enfonce dans les replis de la terre. Elle est bonheur, car rien ne dépent d'elle et elle est tout.

Le pouvoir est comme une brume, qui s'accumule dans le silence et l'obscurité, et que le a vie arrache comme l'herbe folle arrache la rosée. La brume, extrêmement sensible, se voit repoussée toujours plus loin dans les cieux, osant s'approcher des mortels lorsque seulement leur agitation s'arrête. La mort appelle cette brume, cette fine énergie, comme un parfum d'éternité.

Un corps dépourvu d'agitation, des émotions qui ont fait retour à leur racine, et un esprit libre de toute idée, sont les conditions qui permettent à l'esprit de revenir, magnétiquement attiré. Le vide est le terrain sur lequel il s'accumule, comme un silence qui pèse jusqu'à réconforter, rétablissant l'harmonieux, le lien perdu. Toute la vie durant, l'irritation des vents de la manifestation empêchent à l'esprit de s'installer, se construire et former le tout qui serait celui d'un nouvel organisme spirituel.

Le merveilleux tient en horreur le vain, le futile, le corruptible, salissant le pur et détériorant même le métal le plus précieux. La lumière s'éteint dans les courses insensées, qui apportent fardeaux et poussières, et que la pluie transforme en une boue noire et glauque que seules les âmes terrestres peuvent contenir tant cette mixture est puante et vile.

La vérité se trouve là où ce monde s'évanouit, lorsqu'il ne reste plus que soi et le soleil, qui brûle la peau dans l'air glacé, rayonnant un rêve intact et nourrissant, et rien d'autre. Le corps absorbant cette vérité comme un mets rare et magique, éclot parmi les ondes de la source, apportant à ceux qui n'ont rien la vision du néant infini, du soi sans nom connu de toute éternité. Tel un fleuve abreuvant les animaux qui franchissent l'unique porte réparatrice, non maligne, ce baume retourne à l'esprit, le guérit, grâce à la mort ayant dispersé les folies temporelles et mondaines, et autres haïssables et imprudentes fatigues.

Tant de mots pour dire ce qui ne peut être dit, pour révéler ce dont les lettres ne peuvent s'approcher se consumer elles-mêmes. Les illusions ne laissent ni trace, ni fumée; naissant du vide, le vide les reprend. Le vide ne peut être approprié, mis au service d'ambitions ponctuelles, sans se perdre. Rien ne montre plus clairement la nature déchue. Entendre, sans écouter. Regarder, sans voir. Réfléchir, sans penser. L'arbre millénaire est tombé, et encore, il tombe. L'oeil est encerclé par le ciment des préoccupations. Occupé, hanté, prisonnier; là où jamais ne s'arrêtent les idées.



5 mai 2010

Pensées au bord du précipice

Une chose évidente aujourd’hui : s’il n’y a plus de sens, c’est parce qu’il n’y a plus de vie. Avec la vie vient le pouvoir. Certains sont en vie, d’autres, puisent autour d’eux la vie qui leur fait défaut, se nourrissent d’une énergie usurpée. Plus ce processus agit, moins la personne se voit telle qu’elle est, plus elle se voit comme l’illusion qui permet de s’approprier l’attention des autres. La vieillesse est envieuse de la pureté et de l’innocence des nouveaux nés.

Un nouveau-né est simplement cela : une âme qui puise naturellement de la vie tout ce dont elle a besoin, et se développe harmonieusement. Le nouveau-né recevra ensuite des chocs, la centre vital de son être perdra du terrain, reculera. Au lieu d’agir librement, pour éviter de souffrir, un automatisme agira à sa place, à sa place. De sorte que l’être ne se reconnaitra plus lui-même. C’est l’état de « robot ». Un robot n’est pas en vie, simplement parce que l’automatisme mis en place suppose une récompense.

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Ignorant de la vie intérieure considérée comme dangereuse, les actes addictifs mécaniques seront préférés aux actes réels pour faire tourner le « circuit de la récompense ». Ainsi la liberté s’enfuit, et la prison de la répétition apparaît. Ne rien attendre du monde, se désintéresser de toutes les « récompenses » possibles, car vaines, est nécessaire pour retrouver l’état de « nouveau-né ». Puis les actes authentiques venant du principe vital en soi-même doivent petit à petit remplacer les automatismes qui, privés de leur source, périclitent.

Emmuré en soi-même, la réalité n’apparait que de façon déformée, duale : d’un côté ce qui menace l’image donnée de soi-même dans le monde, qui réveille la peur du « choc » primitif, d’un autre côté, ce qui semble bénéfique, qui peut alimenter l’illusion de soi et le circuit de récompense. Cette division entre bon et mauvais induit un état de trouble, état partagée entre crainte du mauvais et attente du bon. La crainte du mauvais n’est pas un réel bonheur, l’attente du bon n’est pas non plus un réel bonheur. Le « bonheur » est inexistant. Le « bonheur » ne se trouve pas dans le temps.

Un nouveau-né est directement placé devant la réalité, il perçoit tout sans distinction, car il n’a pas encore appris à étiqueter tels ou tels signaux comme « bons » ou « mauvais ». Ainsi, il « vibre » avec le monde, se nourrit de l’énergie éternelle du monde, hors du référentiel de temps et d’espace. Mais le nouveau-né est fragile et se retrouvera tôt ou tard placé devant un choc qu’il ne pourra pas « gérer ». Il devra alors se diviser, se replier, s’intérioriser, se fragmenter. Casser cette attention qu’il avait envers la réalité, perçue à présent comme « dangereuse », menaçante.

A la place de la souplesse s’installe l’ordre, mais rien de solide ne dure longtemps. Toute l’énergie vitale est alors accaparée par l’effort de « soutien » de ce qui est « solide » en soi. La liberté n’existe plus. Au cours de la vie, on assiste à l’éloignement progressif du « moi réel » primitif et originel, qui se retire du monde. Très souvent, ce « moi réel » finit par dépérir dans l’obscurité de la personnalité illusoire. Beaucoup de personnes se meuvent ainsi sans aucune vie.

Dans un processus de « retour à la vie », deux voies sont disponibles au chercheur. La plus tentatrice est certainement celle d’une accumulation de force vitale, glanée ici et là, ou plutôt : volée. Cette voie semble plus facile, car elle ne nécessite pas la « mort » de la personnalité illusoire. Depuis l’illusion, la force est accumulée, par tous les moyens possibles, de manière vampirique. Cette force est la « mot perdu » des maçons, le phallus d’Osiris jeté dans le Nil. C’est la force créatrice pure, c’est également l’obélisque et le monolithe de 2001 l’odyssée de l’espace. Les individus ayant suivi ce chemin peuvent légitimement se dire « en vie », mais ce pouvoir est volé. Il ne vient pas du plus profond d’eux-mêmes. L’intellect est vénéré, car lui seul peut maîtriser les dernières pulsions émotionnelles venant de l’intérieur de soi. Ainsi partout, nous retrouvons ce symbolisme solaire, ce culte de la Lumière, que ce soit dans le symbole de Mithra triomphant du taureau, de l’aigle enserrant le serpent, du chevauchement du tigre ou du dragon... Les exemples sont innombrables. Les émotions sont considérées comme « étrangères » à soi, elles ne sont pas acceptées de façon neutre, un regard critique en empêche leur reconnaissance (catharsis) et l’immédiateté devient sinuosité, perversité.

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Une autre voie à disposition du chercheur est celle de la mort de la personnalité factice qui remplace le « moi réel ». C’est une voie du retour vers la réalité, la vérité, la pureté et l’origine de Tout. C’est un plongeon d’oiseau qui aperçoit un poisson argenté dans la mer. Cette voie suppose le sacrifice de soi, un tournoiement vertigineux. Elle demande l’acceptation de toutes les déviations qui ont mené à l’enfouissement du « moi réel », c’est un pardon qui demande de revivre son passé, de revivre la souffrance de l’âme blessée. Revivre chacune des souffrances de l’âme, désormais placées à la lumière du jour, permet leur cicatrisation. Le pouvoir revient ensuite naturellement. C’est une voie qui demande la recherche impartiale de vérité avant la recherche de pouvoir.

Pour le « moi réel », le temps n’existe pas. Le « moi réel » est au-delà du temps, c’est pourquoi il est possible d’entrer en contact avec lui durant la vie et que toujours, une impression d’éternité apparaît. Les prises de consciences qui restent gravées à jamais dans la mémoire prouvent la permanence en arrière-plan de ce « moi réel ». L’éternité est perdue, et nous sommes placés dans la finitude, le temps, et la mort. Seule la personnalité craint d’être désintégrée, d’être placée devant ses incohérences, ses contradictions internes. L’âme est reniée. L’âme est bafouée, elle est la seule victime.

Chaque seconde de sa vie doit être consacrée à redécouvrir à temps cette âme en danger de mort, dans la forêt obscure, entourée de loups. En tant que source de vie, elle est au-delà de toute contingence. Le remord doit être éprouvé, le remord de l’oubli de l’âme. Le remord qui, au soir de la vie, martèle : « qu’ai-je fait ? » Une éternité perdue pour une lumière tamisée. Il faut éprouver la « dévotion pour quelque chose de lointain, depuis la sphère de notre tristesse » (Tu Fu).

L’âme est la rivière aérienne, qui chante et bouillonne. Pourquoi arrêter son cours, former des étendues de marécages stagnants ? Les assécher suppose l’évacuation de l’eau, suppose la création d’une brèche, qui induit obligatoirement une période « sombre » pour la personnalité qui se disloque. Il faut être certain d’avoir vu la source originelle, et la suivre avec beaucoup de cœur, sans crainte, avec abandon, au travers des dangers. Mais un « fil » existe dans ce labyrinthe. C’est un fil de lumière, un rayon, souvent lointain, souvent réfléchi sur de nombreux miroirs. C’est une lointaine lune, une laineuse lumière, une lente lanterne, frémissante. Mais ce fil existe.

Sans ce processus de réintégration, la force que chacun de nous possède en quantité limitée est dépensée dans la « vie », la « génération ». C’est une force qui chaque jour, nous donne l’espoir de continuer, dans l’état qui est le notre. Pour d’étranges raisons, nous avons tout oublié, et la flamme, n’est pas encore née. Chaque nuit, nous oublions tout. Et le matin, nous recommençons. Nous trouvons le courage de continuer, malgré le délabrement qui est le notre. Dans ces conditions, l’échec est assuré. Utilisée jusqu’à épuisement, la machine faillira, et devra être abandonnée. C’est la conséquence de la déperdition, déperdition effectué automatiquement, comme si « quelqu’un d’autre » agissait à notre place, et que toute notre vie, nous n’avions qu’une place d’observateur, en retrait. Dans tous les cas, nous n’aurons pas atteint notre destination, et la mort nous prendra.

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Avant que l’âme ne puisse revenir dans toute sa splendeur, une puissance doit s’élever en nous, qui puisse s’opposer à la déperdition, s’opposer à la mécanicité, et maintenir notre vigilance, notre « proximité avec le réel ». Vigilance : avoir une conscience entière et simultanée de ses sensations, ses sentiments, et ses pensées, qui tous participent à l’ensemble de notre être. Leur unification est une faculté de l’Axe conscient et vide, l’axe qui relie ciel et terre. Avez-vous déjà ressenti une émotion lorsque vous étiez plongé dans vos pensées ? Avez-vous déjà ressenti une sensation lorsque de vives émotions vous emportaient ? Avez-vous déjà pensé clairement lorsque vous étiez troublé par autre chose ? Pourtant, tout ce qui était ignoré existait. Nous sommes de perpétuels amputés. Certaines impressions nous forcent à être attentifs – douleur, passion, contradiction interne – mais quel dommage de n’être éveillé qu’au bord du précipice.

Notre personnalité, creuse, revient toujours à la surface. Creuse, elle est toujours emportée par le courant. Une puissance doit avoir suffisamment de poids pour agir comme une ancre, comme une force capable de s’opposer au courant. C’est seulement lorsque la source est proche que l’âme peut réellement « s’incarner » et transfigurer toute la personnalité.

Auparavant, une puissance doit s’opposer à tout ce qui n’est pas utile dans le processus de réintégration. En premier lieu, toutes les émotions négatives. La peur est déperdition. Mais les émotions ne doivent pas être bloquées, mais vécues en conscience, sans le contrôle du jugement. Le calme ne peut revenir que lorsque quelque chose de puissant existe en soi, qui par son magnétisme, empêche de s’oublier soi-même. Dans toutes les situations de la vie, nous sommes « pris » par une pensée, une anxiété, une envie, ou quoi que ce soit d’autre. La pensée, le sentiment, et le corps sont accaparés, obnubilés, prisonniers. Nous nous énervons pour ceci, pestons pour cela, rêvons à ceci, sommes attirés par cela. L’optimisme nourrit l’illusion, et la machine « avance toute seule ». Peu après nous nous rendons compte de l’idiotie de ces courses effrénées. Mais déjà, un autre mouvement nous emporte ailleurs. Peu à peu nous nous éloignons de toute réalité. La condition de l’homme est très grave. La mort le guette à chaque instant, mais il continue à avancer.

L’âme sait que la mort n’est pas une fin, car l’âme est dans le présent, elle danse avec le monde, en harmonie. L’âme ne s’inquiète ni de la mort, ni ne regrette le passé. Car tout est présent éternellement. Un souvenir peut être tout aussi vif aujourd’hui qu’hier. Le souvenir revécu est un rappel et la certitude de l’existence future de soi procède de l’intention. Ni l’un, ni l’autre, ne participent du temps. Si tout existe éternellement pour l’âme, et que l’âme est éternellement présente, la mort ne l’affecte pas. Le temps n’est pas « gagné » ou « perdu », car le temps ne l’affecte pas. La conscience de la mort nous rappelle que nous existons aussi en dehors de la mort. C’est un appel destiné à quitter le non-sens et retrouver le sens, à retrouver son chemin, car il y a bien longtemps que nous l’avons quitté.

Une force gigantesque existe en nous. Si nous sommes opaques, remplis de superflu, nous serons entrainés par elle. Si nous sommes transparents, nous resterons immobiles dans l’éternité, dans la vie. Être transparent signifie : voir la réalité telle qu’elle est. Ce qui a été rejeté doit être récupéré, car c’est l’œil qui voit, qui brille. L’œil ouvert voit la Vérité, l’oreille attentive écoute la Vérité, le cœur épanouit aime la Vérité. Une vie ponctuée de deux ou trois « expériences mystiques » de quelques minutes est perdue, est idiotie, devant la possibilité d’une vie qui est perpétuelle expérience mystique.

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Tant de philosophes ont décrit cette expérience et se sont reposés sur elles, se sont endormis, alors que le moindre enfant est capable de le ressentir. Tant d’artistes ont cherché ailleurs ce qu’ils avaient en eux et devant eux. Mais tous ont échoué. Le sacré ne se mêle pas au profane, le sacré ne peut pas être vendu sur les foires des villages, il ne peut pas être utilisé pour renforcer l’égo. La vie du nouveau-né s’éteint pour le voleur d’oiseaux du paradis.

La vie du nouveau-né est la seule vie « normale » et saine, inaccessible à quiconque n’ayant pas vu et accepté pleinement son visage « horrible », ne s’étant pas sacrifié, transmuté et renouvelé dans le sang de ce visage, car ce visage, c’est tout ce que nous avons pour l’instant. La sève, le sang, retient une force qui chante. Seul un travail sincère peut ouvrir la voie à un « efflux » supérieur qui ordonne et purifie le vase brisé que nous sommes. Peut-être n’arriverons jamais, mais nous aurons prouvé que la bonté, l’affection, l’attention pour autrui peuvent triompher de la malice, du calcul, de la vilénie et de la méchanceté. En donnant, nous aurons prouvé notre amour de l’univers, cet univers qui nous donne et nous nourrit. Si ces quelques lignes laissent entrevoir qu’il existe un véritable Espoir, qui mérite une attention affectueuse et désintéressée, ce message aura atteint son but.

Source images : http://2photo.ru

18 avril 2010

Horreur de la situation

Je voudrais mettre au clair les associations d'idées qui émergent en moi comme l'écume au gré des vagues. Bien, j'ai cédé une fois encore à l'illusion - la croyance en moi - qu'il est momentanément possible d'échapper aux influences du monde par la communion. C'est vrai, c'est possible. Mais pas par n'importe quelle sorte d'union.
Car il semble clairement impossible d'exprimer d'émotion positive sans être la proie de "l'influence du monde", il faut pour cela les repousser par une union, laquelle forme une espèce de cercle protecteur presque magique. Un refuge. Lorsque deux aimants se collent, ils semblent former un système autonome.
Hélas, rien au-dehors n'est autre que fausseté, mensonge, vilenie, calcul.
De la pureté, il n'y a qu'un simulacre qui est agité comme du papier à mouche, simulacre si parfait que personne n'y résiste.
Les quelques mouches ou papillons mécaniques qui échappent aux pièges ont encore plus de chances d'être pris dans un autre piège dont ils ne connaissent la nature.
Observer l'araignée-orchidée ou les plantes carnivores est instructif.
Pour l'insecte butineur, il n'y a pas de différence entre le VRAI parfum d'une VRAIE fleur et le faux parfum d'une fleur trompeuse.
L'organe des sens les perçoit exactement de la même manière d'où justement l'efficacité du piège. Pensez aux vitres dont le reflet brise atrocement les cous des oiseaux.
La société humaine reproduit les dynamiques naturelles car les mêmes forces s'y manifestent.
Demandez-vous pourquoi, dans ce terrain pauvre qui est le notre, dans ce marécage d'hommes, qui fermente et s'étale sur des couches innombrables de chair et d'os, nous parvenons à survivre en inhalant l'odeur pestilentielle.
Quiconque doit ou bien rejeter l'horreur et la vision constante d'innombrables âmes qui se jettent dans ce tourment pour s'y disloquer, ou bien, accepter cet état des choses et se mettre, soi-même, à mentir, à tromper, à pervertir, à corrompre, à découper les esprits pour s'en réserver les meilleurs morceaux.
Manipulation de jour comme manipulation de nuit, manipulation toujours et encore, rien ni personne n'y échappe. Chacun porte le sceau de l'horreur quelque part en soi, et trouve les plus fantaisistes des justifications.
Comment faire la moindre chose, le moindre geste, le moindre pas, et prendre la moindre décision, qui pourrait d'une façon ou d'une autre, perpétrer l'évidente horreur de la situation ? Comment est-ce possible que tout continue ?
Il faut se rendre à l'évidence, cela implique de façon certaine la participation à l'horreur de chacun d'entre nous.
Sans cette participation implicite, passive, il n'y aurait d'horreur.
Il suffirait de quelques individus conscients, qui à l'unisson porteraient leurs forces dans un Non définitif pour que tout s'arrête.
Or, ce n'est pas le cas, et derrière tout masque il y a un criminel, un assassin, un bourreau, un monstre, une créature avide et sanguinaire.
Il n'y a d'autre solution que de rester ou partir.
Se retirer minutieusement du papier gluant maudit, progressivement détacher ses points d'appui, et s'envoler.
Nous ne pourrions espérer de décollage sans le rejet décisif de toutes les charges qui nous retiennent à la terre, sans la scission de tous les fils de la toile malfaisante.
Et ce, sans jamais ne donner l'impression de se libérer, sans quoi l'attention de l'araignée serait immédiatement captée.
Partir dans la nuit, silencieusement, pour des adieux définitifs.
La plus grande attention est demandée, une attention totale, qui voit le plus clairement le spectre de la mort qui recouvre toute lumière. Car toute lumière est ici fausse et illusoire.
Le signal retentit et chacun sait ce qu'il doit impérativement exécuter. Mettre ses affaires en ordre et s'en aller, avant le levé du soleil. La liberté et l'âme sont une richesse si immense que toutes nos idées, et tout ce qui nous constitue, de l'atome jusqu'aux galaxies, ne peuvent faire pencher la balance à leur avantage.
Rien ne peut rivaliser avec l'âme, rien ne peut égaler la liberté.
Le signal a retenti. Il faut partir ou mourir. Ensemble, chacun de son côté, dans une coordination silencieuse, en un battement d'ailes, nous partons. Plus jamais nous n'accepterons l'horreur.